Tafsir Moustapha Thiam, La Perle du Fouta

Mame Khalifa Niass

Né vers 1896 au Fouta dans le nord du Sénégal, Son père Thierno Khoudia était un cadre de la tariqa Khadriya comme ses grands parents, originaires de Sédo Sébbé. Sa mère Maty Khady Thiam, une grande dame qui incarnait les vertus de la mère modèle. Droite et courageuse, elle endossera la très lourde responsabilité d'éduquer cet enfant prodigue qui n'aura pas connu son père parti trop tôt. Elle lui inculqua toutes les bases nécessaires à un enfant prédestiné à apporter sa contribution sur l'édifice titanesque qu’est l’humanité, à travers une vie remplie d’enseignements.

Son éducation religieuse commencera auprès de son oncle maternel Moussa Khady Thiam, qui lui enseigna le Coran et la Sunna du Prophète Muhammad psl. Un vieil hôte de passage le remarqua parmi ses compagnons de jeu, et révéla son grand destin de futur ambassadeur de l’islam. Il devait pousser son éducation religieuse. Ainsi débuta sa longue route à la quête
du savoir. Sous l’aval de sa mère et de ses oncles, il alla retrouver son grand frère Tafsir Pathé Thiam dans le Baol vers Mbacké. Ce dernier lui conseilla d'aller à Kaolack, car El Hadji Abdoulaye
Niass
 avait installé Léona Niassène en 1911. L’enfant du Fouta y déposera ses baluchons en 1914. Il venait tout juste d'embrasser la majorité. Son futur maître et guide spirituel El Hadji Abdoulaye Niass avait déjà annoncé à ses enfants et disciples, l’arrivée imminente de cet élève assez particulier qui contribuera activement à l’éclosion de son enseignement: << nous recevrons bientôt dans cette
demeure, un enfant prodige. Un disciple qui sera fier de nous et portera haut l'étendard de cette école. Nous aussi, serons fiers et satisfaits de lui à tous les niveaux >>.

Lorsque le jeune Moustapha franchit la porte d'entrée, ils se jetèrent dans les bras comme s’ils s'étaient toujours connus, comme une famille que le temps et la distance avaient
séparée et qui venait de se retrouver. Moustapha Fouta comme le surnommaient ses condisciples, fit preuve d’une grande intelligence et d’une légendaire sagacité d’esprit. Durant tout son séjour à Léona, il partagea la même chambre que El Hadji Ibrahima Niass dit Baye qui lui donnera le surnom de Ndiol Fouta. Les années s'écoulèrent auprès de sa famille spirituelle et il démontra une dévotion totale à
son maître, dans les champs comme dans l’enseignement et l'éducation. Sa plume impressionnante séduit son maître avec ses premiers vers: << Ma laasi ya…>> un poème
d'anthologie qu'il lui a dédié. En 1921, ses oncles étaient venus le chercher, mais son maître leur avait demandé de lui laisser encore une année, parce qu'un événement important aller se produire, et il aimerait que Moustapha Fouta soit présent. El Hadji Abdoulaye Niass rendit l'âme en 1922, après lui avoir confié la veille, la mission particulière de rassembler le Coran lorsque les disciples sous
le coup de l'émotion, jetteront les livres lors de l'annonce de son décès. Ainsi une page de la vie de Tafsir Moustapha venait de s’achever.

Son frère et ami Khalifa El Hadji Mouhamed Niass lui demandera de rester encore un peu avec la famille : << tu as acquis toutes les connaissances requises auprès de notre père et maître. Il n’y a aucun doute que tu peux voler de tes propres ailes car tu n’as absolument plus rien à apprendre ici. Mais je te demande juste de rester encore une année pour m’accompagner dans mon nouveau statut de Qalif…>>. Tafsir Moustapha quittera donc Kaolack une année plus tard soit en 1923.

Sa bibliographie est immense, mais nous ne citerons que quelques uns de ses écrits. << khada ni ha idounila hi imaami... >>, son ascension avec Mame Khalifa Niass. Un vibrant hommage à la dimension spirituelle de cet homme exceptionnel. Nous citerons ces vers dédiés au Prophète (psl) qu’il a rédigés après l’avoir vu en état de veille : << Bi saratoun sahiyatoun lil Moustapha, fi leylatoul hisrîna sa Wa a lan ka fa…>>, qui témoigne de son élévation à un grade supérieur, en passant par << soratou cheikhi >>. Mais le plus populaire reste incontestablement ce vibrant hommage au vénéré fondateur de
la tariqa Tidianiya, Cheikhna Ahmed Tidiane Chérif : << Cheikhou Tidiani, Xutbura baani, Bahrul bahuri, samsul hiyaani. Naala mou nahoo, soummata daani, haa zaka maala hindal ma naanii…>>. Pour nous ramener vers l'ouverture avec << Wa izal kuru…>>, et tant d’autres écrits, sur tous les sujets religieux, notamment sur comment pratiquer sa foi selon le rite Malikite. Il avait une maîtrise parfaite de la langue arabe, la science de l'exégèse du Coran, la tradition prophétique, l’orthoépie, la théologie, le mysticisme, la philosophie, le droit, la grammaire, la logique, la rhétorique, la prosodie, l’arithmétiques, la géologie, la médecine… Bref, un élève qui avait soif d’apprendre et qui trouva en son maître, un puit de savoir intarissable.

Après l'étape de  Leona Niassene, une page de la vie de Tafsir Moustapha venait de s’achever. Cependant durant ses années d’apprentissage, il connut un autre pôle qui sera le premier homme à organiser le
Maouloud au Fouta. Tafsir Balla Seck pour ne pas le nommer, deviendra son mentor dans la région du fleuve, sur recommandation de leur maître commun, mais aussi de son fils et successeur Khalifa Mohamed Niass qui insistera sur le fait qu’ils devaient habiter dans des villages voisins. Moustapha Fouta quittera Kaolack pour revenir auprès de sa mère en 1923. Pendant son absence, sa grande sœur Selly Demba Thiam avait pris leur maman et son jeune frère Tafsir Ibrahima Diaw avec elle à Ngueyenne chez son époux Bocar Gueye. Ironie du sort, ce village se situait pas loin de Mogo où son aîné et futur beau père Tafsir Balla Seck vivait. Ils vécurent à Ngueyenne jusqu’en 1927, date de la fondation du village de Taïba en hommage à la ville sainte de Médine. En 1962, il accomplit son pèlerinage à la
Mecque et des années plus tard il visitera Fès la ville du maitre Shaykh Sidi Ahmad Tidjani. 

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De 1927 à 1973, Tafsir Moustapha dirigea le village de Taïba Ngueyenne en tant qu'imam et guide religieux. Il y grava une marque indélébile, avec des valeurs cardinales qui régissent le fonctionnement de ce village à l’ascension fulgurante : << Soyez unis dans la foi, dans la justice, dans l’amour, dans la paix, dans la vérité, et vous obtiendrez tout honneur dont peut rêver un musulman ici bas et dans l’au-delà. Dans la division vous courez simplement à votre perte…>>.

Le 2 janvier 1973, Tafsir Moustapha Thiam rendit l'âme, la nuit après l’office d’isha. Il est parti, mais son enseignement est resté. Que sa demeure soit Iliyin  à côté de ses êtres
aimés, le Prophète Muhammad psl, Cheikhna Ahmad Tidiane, El Hadji Abdoulaye Niass et sa famille, Tafsir Balla Seck, les membres de sa famille… Que Le Tout Puissant Tout Miséricordieux déverse sa gratitude sur sa famille, sa descendance, ses disciples et toute la communauté musulmane.

Comité de Rédaction :
Babacar Thiam
Ousmane Thiam
Bocar Gueye

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